Clause Bénéficiaire démembrée : Comment optimiser la transmission de votre Assurance-vie ?

Vous avez contracté une assurance-vie pour protéger votre famille. Vous avez versé des primes pendant des années. Et puis… le jour vient. À votre décès, le capital est versé d'un seul bloc à vos bénéficiaires. Résultat ?

TRANSMISSION & SUCCESSION

11/3/2025

Le Problème : Votre Assurance-vie risque de disparaître avec vous !

Vous avez contracté une assurance-vie pour protéger votre famille. Vous avez versé des primes pendant des années. Et puis… le jour vient. À votre décès, le capital est versé d'un seul bloc à vos bénéficiaires. Résultat ? Votre conjoint reçoit tout, sans garantie de transmission aux enfants. Ou pire : le capital s'évapore en quelques années, et vos héritiers n'héritent de rien.

Il existe une solution que peu de conseillers proposent.

La clause bénéficiaire démembrée vous permet de séparer les droits sur votre capital : votre conjoint bénéficie de la jouissance (usufruit), vos enfants héritent du capital (nue-propriété), et tout cela sans impôt successoral grâce aux exonérations du droit français.

Dans cet article, je vous explique exactement comment rédiger cette clause, quels pièges éviter, et comment optimiser votre transmission en assurance-vie.

Comprendre le Démembrement : Usufruit vs Nue-Propriété

Le démembrement de la clause bénéficiaire repose sur un principe juridique fondamental : séparer les droits sur un même bien entre deux personnes.

Concrètement :

  • L'usufruitier jouit du capital immédiatement (il peut l'utiliser, l'employer, le placer)

  • Le nu-propriétaire hérite du droit de récupérer le capital à la fin de l'usufruit

Exemple concret :
Vous versez 250 000 € sur une assurance-vie. À votre décès :

  • Votre conjoint (usufruitier) reçoit 250 000 € et peut en disposer librement

  • Vos enfants (nus-propriétaires) hériteront du capital à la fin de l'usufruit du conjoint (généralement à son décès)

Fondement juridique :
Cet outil s'appuie sur l'Article L132-12 du Code des Assurances (qui prévoit que le capital d'assurance-vie ne rentre pas en succession) et l'Article 587 du Code Civil (régime du quasi-usufruit pour les biens consomptibles).

Les Éléments clés de la rédaction : Ne pas commettre d'erreurs !

Pour que votre démembrement soit valide et efficace, chaque élément de la clause doit être précis et sans ambiguïté.

1. Désigner clairement votre Usufruitier

L'usufruitier est la personne qui bénéficiera immédiatement du capital. Généralement, c'est le conjoint survivant.

Rédaction obligatoire :

  • Identification nominative : « Mon conjoint non séparé de corps ou non divorcé, Monsieur/Madame [Nom], né(e) le [Date] »

  • Clause de survie : indiquez que l'usufruit est conditionné à la survie du conjoint vis-à-vis de vous (sinon le capital va directement aux nus-propriétaires)

  • Clause de substitution : si l'usufruitier décède avant vous, qui reçoit le capital ?

Erreur courante à éviter :
Ne pas clarifier qui est l'usufruitier en cas de relation conflictuelle ou de changement de situation familiale.

2. Désigner les Nus-Propriétaires

Les nus-propriétaires sont vos héritiers finaux.

Exemple de rédaction claire :
« J'institue pour bénéficiaire des capitaux versés par le présent contrat :

  • Mon conjoint, [Nom], pour l'Usufruit

  • Mes enfants, nés ou à naître, par parts égales, pour la Nue-Propriété »

Point clé :
Si vous avez plusieurs enfants, précisez le partage (parts égales ou différenciées). Soyez aussi explicite que possible pour éviter les litiges futurs.

3. Clarifier la Créance : C'est ici que la plupart des Erreurs surviennent !

C'est le point crucial que beaucoup de conseillers oublient ou mal définissent.

Dans un contrat d'assurance-vie, le démembrement porte d'abord sur la créance (le droit de demander à l'assureur de payer) et non directement sur le capital. La créance se transforme en quasi-usufruit une fois le capital versé.

Pourquoi c'est important ?
Si vous ne le précisez pas, l'usufruitier pourrait être obligé de placer l'argent ou de le conserver pour en restituer l'équivalent. Ce n'est pas ce que vous voulez !

Rédaction correcte :
« Le démembrement porte sur la créance d'indemnité due par l'assureur. À la survenance du sinistre, le capital versé sera soumis au régime du quasi-usufruit. »

Le Quasi-Usufruit : L'outil magique pour libérer le Capital

Qu'est-ce que le quasi-usufruit ?

Le quasi-usufruit est une adaptation légale du régime de l'usufruit pour les biens consomptibles (comme l'argent). Il permet à l'usufruitier de disposer librement du capital sans obligation de le conserver ou de le placer.

Article 587 du Code Civil :

« Quand l'usufruit d'une rente, pension ou somme d'argent s'établit, l'usufruitier a le droit d'employer le capital et de restituer l'équivalent »

Bénéfice pour votre conjoint :
Il reçoit 250 000 € et peut en disposer comme bon lui semble (le dépenser, le placer, le donner, etc.). À la fin de l'usufruit (généralement à son décès), sa succession restitue la somme aux enfants.

Rédaction de la Clause de quasi-usufruit

Voici la clause à insérer, révisée et optimisée :

« Conformément à l'Article 587 du Code Civil, et compte tenu de la nature consomptible des fonds versés, l'usufruitier jouira du capital en pleine liberté (quasi-usufruit), à charge pour sa succession de restituer aux nus-propriétaires une somme équivalente à la valeur du capital versé lors du dénouement du contrat. Le démembrement porte sur la créance de restitution. »

Clarification importante :
N'écrivez PAS « le versement s'effectuera en pleine propriété », car cela pourrait être interprété comme annulant le démembrement. La rédaction ci-dessus est juridiquement claire et incontestable.

Les Conséquences fiscales : L'optimisation cachée

L'Abattement de 152 500 € s'applique sur chaque part

C'est l'avantage fiscal majeur du démembrement.

Règle (Article 990 I du CGI) :

  • Chaque bénéficiaire bénéficie d'un abattement de 152 500 € sur les primes versées avant les 70 ans de l'assuré

  • Si vous avez démembré la clause, cet abattement se répartit entre l'usufruitier et le nu-propriétaire selon leur valeur respective

Calcul de la répartition :
L'abattement est divisé selon le barème légal de l'usufruit (Article 669 du CGI), qui varie selon l'âge de l'usufruitier au moment du dénouement.

Exemple chiffré :
Votre contrat contient 200 000 €. À votre décès, votre conjoint a 60 ans.

  • Selon le barème, l'usufruit à cet âge vaut 50% du capital (100 000 €)

  • La nue-propriété vaut 50% du capital (100 000 €)

  • L'abattement de 152 500 € est réparti : 76 250 € à l'usufruitier, 76 250 € au nu-propriétaire

  • Taxation : seules les fractions au-delà de l'abattement sont imposées à 20% (jusqu'à 700 000€) puis 31,25%

Gain fiscal réel :
Vous économisez plusieurs milliers d'euros en impôts grâce à cette répartition !

Exonération du Conjoint : Un atout décisif

Article 796-0 bis du CGI :
Si votre conjoint survivant est l'usufruitier, il est totalement exonéré de droits de succession sur la valeur de son usufruit.

Conséquence :
Les enfants (nus-propriétaires) seront seuls imposés, uniquement sur la valeur de leur nue-propriété, selon le barème des enfants (taux réduits).

C'est un gain fiscal considérable, notamment pour les contrats importants.

Primes versés après 70 Ans ? (Article 757 B)

Attention : les primes versées après vos 70 ans bénéficient d'un régime différent.

  • Abattement réduit à 30 500 € (réparti entre tous les bénéficiaires)

  • Le capital correspondant est soumis à droits de succession classiques

En cas de démembrement :
Cette part est également répartie entre l'usufruitier et le nu-propriétaire selon le barème de l'usufruit.

COMPLEXE ? GAGNEZ DU TEMPS. Pour une analyse instantanée de votre situation fiscale et une optimisation précise de votre clause bénéficiaire basée sur la législation actuelle, testez notre Assistant IA "Arrow CGP". Il peut analyser votre clause et simuler votre fiscalité en quelques secondes, en tenant compte de votre âge, vos primes versées, et la composition de votre famille.

La Dette de restitution : Sécuriser les enfants

Comment fonctionne ?

À la fin de l'usufruit (généralement à la mort du conjoint), la succession de l'usufruitier doit restituer le capital aux nus-propriétaires.

Exemple :
Votre conjoint décède. Il avait joui du capital (l'avait dépensé, acheté un bien immobilier, etc.). Sa succession doit maintenant restituer 250 000 € aux enfants.

L'Avantage fiscal : Déduction de la succession

Article 774 du CGI :
Cette dette de restitution est déductible de l'actif successoral du conjoint, ce qui réduit l'imposition des autres héritiers du conjoint (comme ses enfants d'une autre relation).

Condition :
L'origine de la dette doit être prouvée (le contrat d'assurance-vie avec la clause démembrée).

Conseil pratique :
Conservez une copie du contrat signé et de la clause démembrée auprès de votre notaire. C'est la preuve que la dette est contractuelle et non contestable.

Les pièges à absolument Éviter

1. Ne Pas Préciser le Régime du Quasi-Usufruit

Sans cette précision, votre usufruitier sera obligé de placer l'argent. C'est un cauchemar administratif.

2. Confondre Créance et Capital

La première opération est le démembrement de la créance, pas du capital. Cette distinction est cruciale pour la fiscalité.

3. Oublier la Clause de Substitution

Si votre conjoint décède avant vous, qui reçoit le capital ? Précisez-le d'avance.

4. Ne Pas Adapter à Votre Situation Personnelle

Votre situation est unique (nombre d'enfants, régime matrimonial, autres contrats, etc.). Adaptez votre clause à votre contexte.

5. Ignorer l'Exonération du Conjoint

Si votre conjoint est exonéré, ne le surchargez pas d'impôts en commettant une erreur de rédaction.

Résumé : Les 3 Points clés à retenir

Le démembrement de la clause bénéficiaire est un outil d'optimisation patrimoniale puissant, mais qui demande de la précision. Voici ce que vous devez absolument retenir :

  1. Clarifier chaque rôle : usufruitier (conjoint, revenus immédiats), nus-propriétaires (enfants, capital à terme).

  2. Appliquer le quasi-usufruit : sans cette clause, l'usufruitier n'a pas la libre jouissance du capital.

  3. Optimiser fiscalement : répartition de l'abattement de 152 500 €, exonération du conjoint, déduction de la dette de restitution.

Prêt à passer à l'Étape suivante ?

Votre assurance-vie mérite une optimisation sur mesure. Testez notre solution pour vérifier la qualité de votre clause et simuler les économies d'impôts.